À propos, peut-on penser le « sujet » autrement qu'individualisé ? Nous essaierons ici de l'imaginer pris dans les processus de l'impersonnel et du multiple, au point que la construction de soi relève d'une écriture fragmentaire, cristalline, qui non seulement ne vise ni l'unité ni la complétude, mais fait de son inachèvement la modalité même de l'ouverture à l'ensemble des devenirs possibles. Cette expérience « subjective » - de l'infinitif du verbe - qui intervient quand s'indistinguent celui qui produit et « sa » production, nous la concevrons comme une rencontre sans cesse recommencée. Le lieu et le temps d'un tel événement surgissent hors de toute chronologie, dispersant loin des repères de l'attache, autrement dit ailleurs, les points qui laissent une trace. À ce stade, l'erreur serait de refermer sur elle-même une singularité (celle du rapport de forces « actuel ») dont la « consistance » est en perpétuelle fuite. En cédant à notre envie de relier d'un seul trait pour faire apparaître avec la forme d'un nom, nous finirions par croire représenter quelque chose qui existait déjà.
Dessiner une intensité - mais par hasard, comme une esquisse éphémère aussitôt balayée par le flot du non-inscriptible, toujours au profit d'une nouvelle constellation. Variations à l'infini du geste sacrificiel. Zagreus disloqué, Zagreus l'enfant démembré ; et Zagreus ré-unifé, retournant à « soi » - mais autre - dans la simultanéité propre à l'instant qui revient encore et encore. La volonté sans but affirme sa puissance créatrice en rassemblant les morceaux épars qu'elle a fait voler en éclats. Alors nous commencerons une fois de plus ; et s'il y a, dans l'énonciation lapidaire qui porte au-delà de toute récapitulation historique, une dimension pour l'aptitude au tragique, nous l'appellerons "notre approbation".
ci-contre, Trois têtes - élément du triptyque
(Bernard Klamka, 2006)